Prévoyance : ce que couvrent vraiment les régimes obligatoires
Les régimes obligatoires protègent, mais en partie seulement. En cas d’arrêt maladie, un salarié du privé perçoit de la Sécurité sociale environ la moitié de son salaire, dans la limite d’un plafond et après trois jours de carence. En cas d’invalidité ou de décès, les montants versés restent souvent très inférieurs aux besoins du foyer, surtout lorsqu’un crédit immobilier est en cours. C’est cet écart que la prévoyance complémentaire sert à combler, et on ne peut pas le mesurer sans savoir précisément ce que versent les régimes de base. Ce guide le détaille pour un salarié du régime général, avec les règles et montants en vigueur en octobre 2026, dont une réforme de la durée d’indemnisation entrée en application le 15 octobre 2026. Les travailleurs indépendants, dont les droits sont différents, sont évoqués en fin d’article.
L’arrêt de travail pour maladie : ce que verse l’Assurance maladie
Lorsqu’un médecin prescrit un arrêt, l’Assurance maladie verse des indemnités journalières (IJ), sous conditions d’affiliation et d’activité.
L’indemnité est égale à la moitié de ce revenu journalier. Selon la fiche Service-Public « Arrêt maladie : indemnités journalières versées au salarié », le plafond correspond à 2 613,82 € de salaire mensuel en 2026, si bien que l’indemnité ne peut dépasser 42,97 € brut par jour. Ce montant suit le Smic.
Les arrêts longs : la règle a changé le 15 octobre 2026
Pour les affections qui imposent un arrêt ou des soins prolongés (procédure dite des affections de longue durée, article L324-1 du code de la sécurité sociale), les IJ pouvaient jusqu’ici être versées pendant trois ans. Le décret n° 2026-866 du 16 septembre 2026 distingue désormais deux cas : la durée maximale reste de trois ans lorsque l’affection ouvre droit à une prise en charge à 100 % des frais de santé (ALD dite exonérante), mais elle est ramenée à un an dans les autres cas. La règle vaut pour les arrêts prescrits à compter du 15 octobre 2026 et pour les arrêts en cours à cette date qui atteignent six mois ; les assurés déjà indemnisés au titre de cette procédure au 15 octobre 2026 conservent l’ancien régime jusqu’au terme des trois ans.
Pour un salarié atteint d’une pathologie longue qui n’ouvre pas droit à la prise en charge à 100 %, la fin des IJ peut donc intervenir bien plus tôt qu’auparavant. Le relais par une pension d’invalidité suppose alors une reconnaissance par le médecin-conseil, qui n’est pas automatique.
Le complément versé par l’employeur
Les modalités sont fixées par les articles D1226-1 à D1226-3 du même code, que la fiche Service-Public F3053 résume ainsi : le complément est versé à partir du 8e jour d’arrêt (pas de carence en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle) ; il porte la rémunération à 90 % du salaire brut pendant une première période, puis aux deux tiers pendant une seconde ; chaque période dure 30 jours, augmentés de 10 jours par tranche de cinq ans d’ancienneté, dans la limite de 90 jours chacune.
| Ancienneté | Durée à 90 % | Durée à 66,66 % |
|---|---|---|
| 1 à 5 ans | 30 jours | 30 jours |
| 6 à 10 ans | 40 jours | 40 jours |
| 11 à 15 ans | 50 jours | 50 jours |
| 31 ans et plus | 90 jours | 90 jours |
Extrait du barème de la fiche Service-Public F3053.
Beaucoup de conventions collectives et d’accords d’entreprise prévoient mieux (maintien dès le premier jour, durée plus longue, relais par un contrat de prévoyance collective). Le bulletin de paie, la convention collective et la notice du contrat de prévoyance d’entreprise sont les trois documents à réunir.
Exemple : un cadre à 4 500 € brut par mois
Hypothèses : salaire mensuel brut de 4 500 €, cinq ans d’ancienneté, aucune disposition conventionnelle plus favorable, arrêt maladie de trois mois. Les IJ sont calculées sur 2 613,82 € et plafonnées à 42,97 € par jour, soit environ 1 290 € bruts pour un mois de 30 jours, contre 4 500 € de salaire. L’employeur complète jusqu’à 90 % du salaire du 8e au 37e jour, puis jusqu’aux deux tiers pendant 30 jours. Au-delà de 67 jours, il ne reste que les IJ, soit moins de 30 % du salaire brut. C’est sur ce troisième mois, et sur les suivants, que se joue l’utilité d’une prévoyance.
L’invalidité : trois catégories et des montants plafonnés
Lorsqu’après une maladie ou un accident d’origine non professionnelle la capacité de travail ou de gain est réduite d’au moins deux tiers, l’arrêt de travail peut laisser place à une pension d’invalidité. Selon la fiche Service-Public « Pension d’invalidité de la Sécurité sociale », il faut en outre douze mois d’immatriculation et une activité minimale (600 heures sur douze mois, ou des cotisations sur 2 030 fois le Smic horaire). Le médecin-conseil classe l’assuré dans l’une de trois catégories, et la pension est calculée sur le salaire annuel moyen des dix meilleures années, retenu dans la limite du plafond de la sécurité sociale.
| Catégorie | Situation | Taux | Minimum mensuel | Maximum mensuel |
|---|---|---|---|---|
| 1re | Peut exercer une activité rémunérée | 30 % | 338,31 € | 1 201,50 € |
| 2e | Ne peut exercer aucune profession | 50 % | 338,31 € | 2 002,50 € |
| 3e | Ne peut exercer aucune profession et a besoin d’une tierce personne | 50 % + majoration | 1 636,76 € | 3 300,95 € |
Montants de la fiche Service-Public F672.
La 3e catégorie mérite une lecture attentive.
En pratique, ce minimum forfaitaire est supérieur à 40 % de la pension maximale de 2e catégorie : c’est donc lui qui s’applique, quel que soit le salaire antérieur. D’après les maxima de la fiche F672, il ressort à environ 1 298 € par mois en 2026. Dire que la pension est « majorée de 40 % » est exact dans le texte, mais trompeur dans les faits : il s’agit d’une majoration forfaitaire, d’au moins 40 %.
Le décès : un capital forfaitaire
La fiche Service-Public « Capital décès versé pour le décès d’un salarié du secteur privé » indique un montant de 4 009 € depuis le 1er avril 2026, quel que soit le salaire. Il est versé en priorité aux personnes qui étaient à la charge effective, totale et permanente du défunt (conjoint ou partenaire de PACS, puis enfants, puis ascendants), qui disposent d’un mois pour le demander ; à défaut, les autres bénéficiaires ont deux ans. Ce capital couvre à peine des frais d’obsèques. Les pensions de réversion des régimes de retraite peuvent s’y ajouter sous conditions, mais elles ne bénéficient qu’au conjoint marié.
Les travailleurs indépendants : des droits propres, et la même réforme
Artisans, commerçants et professions libérales relèvent de règles propres pour le calcul de leurs IJ et de leur invalidité, qui dépendent de leurs revenus déclarés et, pour les professions libérales, de leur caisse. Ils ne bénéficient évidemment pas du complément employeur, ce qui rend la question de la prévoyance plus aiguë encore. La réduction à un an de la durée maximale d’indemnisation des affections longues non exonérantes leur a été étendue par le décret n° 2026-867 du 16 septembre 2026, selon le même calendrier. Avant de choisir un contrat, demandez à votre caisse un relevé de vos droits.
Reconstituer ce que percevrait votre foyer
| Situation | Régime obligatoire (salarié du privé) | Ce qui peut compléter |
|---|---|---|
| Arrêt court | IJ à 50 % du salaire plafonné, après 3 jours | Complément employeur, convention collective |
| Arrêt long | IJ seules après épuisement du complément ; un an maximum pour une affection longue non exonérante | Prévoyance collective, contrat individuel |
| Invalidité | Pension de 30 % ou 50 % du salaire moyen plafonné | Rente d’invalidité d’un contrat de prévoyance |
| Décès | Capital forfaitaire de 4 009 € | Capital décès, rente de conjoint ou d’éducation |
Ce guide fournit une information générale et ne constitue pas un conseil personnalisé. Les montants cités évoluent avec le Smic et le plafond de la sécurité sociale ; vérifiez votre situation auprès de votre caisse et de votre employeur.
Sources
- Code de la sécurité sociale, article R323-1 (point de départ et durée des indemnités journalières)
- Code de la sécurité sociale, article R323-4 (revenu de référence et plafond des indemnités journalières)
- Décret n° 2026-866 du 16 septembre 2026 relatif à la durée maximale dérogatoire d'indemnisation pour arrêt de travail et à la sanction des abus
- Décret n° 2026-867 du 16 septembre 2026 relatif à la réforme de la durée maximale dérogatoire d'indemnisation pour arrêt de travail
- Code du travail, article L1226-1 (indemnité complémentaire de l'employeur)
- Code de la sécurité sociale, article R341-6 (pension de 3e catégorie et majoration pour tierce personne)
- Code de la sécurité sociale, article D361-1 (capital décès)
- Arrêt maladie : indemnités journalières versées au salarié
- Pension d'invalidité de la Sécurité sociale
- Capital décès versé pour le décès d'un salarié du secteur privé